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Eugénie


Eugénie, ma grand-mère, m’a fait deux cadeaux dans ma vie mais ils m’ont façonnée pour toujours.

Le premier se passe dans sa cuisine, nous sommes toutes les deux, ce doit être un dimanche car Eugénie a mis ses beaux habits et elle me dit : « Bon, je vais en France. » Je la regarde ajuster son chapeau. N’est-ce pas merveilleux d’être dans sa cuisine et d’habiter dans deux pays différents ? Moi, j’habite en France et ma grand-mère habite en Savoie. Quel cadeau inestimable. Cette épiphanie a modelé ma vie. La Savoie, cet espace frontière, où personne ne sait vraiment où elle se trouve, m’a appris ce jour-là, qu’aucune frontière ne peut contenir une identité. Une identité est à géographie variable. Les colporteurs venus de Milan traversaient la Savoie apportant aux villages trop haut perchés des textiles, des carrelettes, des breloques puis descendaient vers le sud, et retournaient dans le Piémont avec d’autres breloques à vendre. La maison de Savoie n’est-elle pas à Turin ? Par le canal, le grand lac s’étire vers le Rhône qui mène à la mer. La montagne est un lieu de passage, à la croisée des chemins, aux paysages changeants, à l’identité multiple.

Le deuxième cadeau d’Eugénie est un sac de voyage.

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