• alencreclaire

L’Éternelle histoire


L’Éternelle histoire de Karen Blixen

Au dix-neuvième siècle, M. Clay, riche et vieux marchand de thé à Canton consacre ses nuits blanches à la lecture de ses propres livres de comptes, ses factures, ses devis jusqu'au moment où, lassé, M. Clay désire une histoire lue par les autres. La seule histoire qu'il connaisse est celle que les marins colportent depuis la nuit des temps et qu'il a entendue sur un bateau en passant près du cap de Bonne Espérance. L'histoire selon laquelle au cours d'une escale, un marin s’est vu offrir par un vieil homme riche un diner somptueux dans une belle demeure et une pièce de cinq guinées pour une nuit d’amour avec une belle jeune femme à la seule fin d’avoir un héritier. M. Clay s'emploie alors à faire en sorte que l'histoire devienne réalité et réussit à mettre en scène dans sa belle maison la rencontre du marin et de la jeune femme.

Cette nouvelle plutôt longue, écrite à la troisième personne du singulier est du pure style Blixenien. Elle interroge la place de la réalité et à fortiori de la vérité dans une histoire. A première lecture, on pourrait croire que réalité et fiction se tiennent puisque l’entreprise de M. Clay réussit à la perfection mais Karen Blixen a plus d'un tour dans son sac car le marin se nomme Paul et la jeune femme Virginie et tombent éperdument amoureux l'un de l'autre. Les deux héros de Bernardin de Saint-Pierre s'invitent dévoilant ainsi que la réalité s'inspire de la fiction et que la vérité d'une histoire est ailleurs, peut-être même sur une île. Selon Karen Blixen, toute histoire est éternelle et le lecteur est ce marin qui la colporte de port en port.

Karen Blixen. L'éternelle histoire. Trad du danois Marthe Metzger. Gallimard 1961.

6 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout