• alencreclaire

Le défi des pointillés.

Dernière mise à jour : 1 févr. 2021


Y-a-t-il du vide entre les pointillés ? Ou est-ce notre ambition de combler ce vide afin que les pointillés deviennent un trait, une perspective ?

Aujourd’hui notre vie est en pointillés, nous redoutons le point final mais nous restons dans l’expectative d’un etc.

Un vaste champ de possibles est alors à portée de main, inutile de sortir, notre nature ayant horreur du vide, nous sommes enclins à puiser l’inspiration sur nos étagères. Je relis Errata de Georges Steiner et je me dis que j’ai une chance inouïe. Je suis aux confins d’un paradis retrouvé et je n’ai qu’à lire pour cueillir les fruits d’une connaissance qui vient de nous quitter. Je ne comprends pas tout mais je comprends, je m’y efforce. Le titre me rassure autant qu’il m’interroge. Les pointillés sont l’accumulation de nos erreurs d’impression. La première impression n’est donc pas forcément la bonne mais nous sommes pressés à froid, sans être prévenus, sans mot dire. L’éducation, selon Steiner, c’est de faire en sorte qu’un enfant seul dans sa chambre ne s’ennuie jamais. C’est donc le bon moment pour expérimenter notre savoir, notre imagination, notre capacité à s’épanouir entre quatre murs.

Notre vie n’est pas entre parenthèses parce que nous gardons l’espoir de sauter d’un point à l’autre. Seul face à nous-même, nous sommes prêts à risquer de nous imaginer une vie qui nous plairait, sans jugement, sans censure. Ce triple saut dans notre imaginaire prend son élan dans nos lectures, nos expériences, nos envies mais également dans nos échecs, nos peurs, notre propre résistance. Nos vies en suspension est une immense liberté. La plus belle des libertés car elle peut être mortelle. L’humanité se retrouve bel et bien suspendue, les pieds dans le vide en espérant tenir le coup. Quel défi. Relier des points entre eux soulève tant d’interrogations et demande beaucoup de courage, d’innovation et d’imagination. Nous nous retrouvons au beau milieu d’une trinité qui refuse de conclure la phrase, qui n’a rien de définitif, qui permet un compromis et s’ouvre à une possible solution. Une trinité qui se veut serpent d’airain.

Pas si inédit.

Sommes-nous à la hauteur de ce défi ? C’est à cette question que la lecture de Steiner me mène. La solitude ne doit pas se vivre comme une menace, au contraire, sa nécessité n’est pas uniquement une résolution scientifique mais représente une véritable aubaine pour l’humanité toute entière. Cette lenteur imposée au métronome de notre existence, aussi douloureuse soit

elle, révèle ce que l’école feint d’ignorer. Nous découvrons avec stupeur à quel point l’éducation n’est pas inspirante pour une enfance confinée qui devrait débordée d’idées et d’esprit, mais qui hélas, se raccroche comme des naufragés d’une jeune vie à des cahiers d’école formatés dans lesquels l’imagination n’est qu’à peine une tolérance. La mondialisation a été le renoncement imposé à notre imaginaire. La frénésie des réseaux sociaux met à mal notre monde intérieur. La nature et les animaux ne sont que les dommages collatéraux de notre incapacité à envisager notre planète. Néanmoins, le véritable pouvoir de l’imagination demeure, et nous pouvons, si nous le voulons, décider que trois points se transforment en trait et pourquoi pas en trait d’union.


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