• alencreclaire

Qui est le traitre?

Dernière mise à jour : 1 févr. 2021

Je ne sais pas si Roman Polanski est coupable ou non, la justice aurait pu le dire s’il y avait eu dépôt de plainte. Je ne connais pas ces femmes, ces jeunes filles qui depuis ont grandi et muri. Leur esprit, leur âme et leur corps ont gardé des traces, des souvenirs de leur rencontre avec Roman Polanski.

Le déferlement de haine, ce vitriol jeté à grands seaux au visage du metteur en scène, cette vengeance ponctuée de mots vulgaires, ce mépris affiché, ces relents nauséabonds, ces surnoms ridicules donnés pour éviter de prononcer son nom, cette impression de déjà-vu dans l’histoire pas si lointaine, cette récupération sous les feux de la rampe d’un antisémitisme de basse fosse, cette brutalité, cette animalité féroce, ce déluge de médiocrité approuvé par les applaudissements goguenards de gens en habit me font froid dans le dos. M’interpellent. Me bousculent, me contraignent.

Qui suis-je ? Où me situer ? Comment être juste ?

Un jour, j’ai croisé Roman Polanski sur les champs Elysées, il descendait l’avenue, petit et léger. Sa petite taille m’avait interpellée comme ce fut également le cas pour Chaplin ou Bowie. Leur génie les fait paraître bien plus grands qu’ils ne sont en réalité. Je m’étais dit alors : « Comment un homme si petit peut-il filmer de tels chefs-d’œuvre ? » Question pas forcément intelligente mais qui a le mérite de s’intéresser aux rapports de l’homme au monde, de l’influence qu’il peut avoir sur son temps et de définir la place qu’il s’octroie dans le grand tout. Ces hommes si frêles qui, s’ils le souhaitent, ont le pouvoir de faire tourner le monde comme un ballon, me fascinent. J’ai revu Roman Polanski sur le tournage de La Lune de Fiel. Impressionnant petit homme. J’aime son cinéma. Tess, reste à jamais gravé dans ma mémoire, parce que Tess est en chacune de nous. Qu’y faire ? Notre mémoire, notre être tout entier est imprégné à jamais des plans, de la bande son et de Nastassja Kinski à la jeunesse complexe. C’est trop tard. Que je le veuille ou non, Roman Polanski a nourri le sang de la femme que je suis devenue. Bien des années plus tard, bien loin de Paris, je me délecte du film J’accuse qui

m’impose la question suivante : « Comment faire pour que la justice se débarrasse des préjugés, de la doxa du temps, comment faire pour qu’elle soit juste ? » Comment faire pour que l’accusé ne soit pas le dindon de la farce, est-il possible, voire envisageable de vouloir sauver la peau de celui, qui par intrigue, endosse le rôle de judas, celui du traitre. Le film pose une vraie question, la question lancinante qui hante toute l’Histoire, qui la marque au fer rouge : Qui est le traitre ? Qui incarne Judas ?

Dans toute tragédie, le traitre est à l’œuvre. Seulement, il faut savoir le reconnaître, dans le sens de le deviner, mais également dans le sens d’accepter le fait qu’il existe. J’Accuse met le doigt sur ce qui fâche. L’ennemi est certes désigné mais l’on est au beau milieu d’un tour de magie, d’un de ces tours de passe-passe par lequel le magicien invite l’assistance à se focaliser sur lui, alors que la réalité est aussi ailleurs. Alors qui a trahit ces si jeunes filles dans les présumées affaires Roman Polanski ? Où se planque le grand oublié, celui resté dans l’ombre qui ne craint rien, dont on ne parle jamais ? Une question me taraude l’esprit : Où se planquaient les mères de ces si jeunes filles lorsqu’elles étaient avec Roman Polanski ? Qui les a menées vers lui ? Le silence assourdissant à ce sujet de ces féministes aussi fascisantes que répulsives n’a rien à envier au silence des généraux de l’armée française au moment de l’affaire Dreyfus.


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