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Je m'appelle Si Da

Je m’appelle Si Da, ce qui signifie, celle qui met tout en œuvre pour réaliser ses rêves. Je suis Mandchoue. Mon destin me semblait beau. Wuang m’aimait et je l’aimais et les vastes plaines étaient la scène de nos chevauchées au soleil de mai. Bientôt, la cérémonie de notre mariage ferait des envieux. Tout semblait si parfait, si éternel. Et puis, un soir d’hiver, un homme vint me chercher car l’empereur avait vu mon portrait et me souhaitait à ses côtés dans la cité, là-bas, dans un lointain sans retour. L’épouvante qui fut la mienne me fit perdre connaissance. Nous partîmes dans le froid blanc sous le regard rempli d’orgueil de mes parents.

Depuis vingt ans, je parcours la petite cour qui m’est réservée. Si je lève la tête, j’aperçois mon carré de ciel à travers les arbres et le poste de guet sur le rocher. Je n’ai vu l’empereur qu’une dizaine de fois, il m’a très peu fait demandée pour satisfaire ses caprices. A chaque visite de ma part, l’épouvante de me trouver seule avec cet homme d’une laideur bestiale, me plonge dans un sommeil infernal. Etre une concubine, c’est voir son sort être livré aux intrigues d’un vase clos, devenir l’instrument d’un rapport de force qui vous dépasse, un enjeu politique sournois, une promiscuité de femmes nauséabonde. Une vie de femme sacrifiée par jeu. Combien de concubines de par le monde ?

Depuis vingt ans, le souvenir de la steppe, de l’horizon à nul autre pareil et la tendresse de Wuang mon bien aimé, est devenu ma respiration, ma liberté. Chaque jour, je mets tout en œuvre pour réaliser mes rêves dans mes rêves. Je suis Si Da, tant que je suis en vie.


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