• alencreclaire

La femme sauvage III


J’aimais le regard qu’elle portait sur la vie. Au fils de nos conversations, je m’étais aperçu que, contrairement à ce que pensaient les gens au village, sa solitude était saturée de présences. Ils la jugeaient durement, la croyant un peu folle, un peu bizarre un peu…un peu… indéfinissable. Les gens sont très mal à l’aise avec une personne indéfinissable, surtout s’il s’agit d’une femme. Elle avait le don de froisser leur susceptibilité, mais surtout, de leur dire par son silence à quel point ils étaient hors cadre, et cela les rendait furieux et méchants. Elle ne cherchait pas le conflit, elle restait en dehors, dans son monde, au plus près de la nature. Elle n’était pas seule pour autant, elle inventait des personnages, les décrivait avec exactitude dans des petits carnets disséminés un peu partout dans sa maison. Elle aimait leur inventer une vie, une famille, des luttes, des contractions, des amours. Il y avait beaucoup de monde qui s’agitait dans sa tête. Personne n’en savait rien parce qu’elle ne laissait personne s’approcher. Pourquoi moi ? Elle était venue vers moi par instinct comme l’aurait fait un animal sauvage. Nos conversations n’étaient qu’une approche animale, et par chance, je l’avais compris.

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