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La femme sauvage XIII


Parfois, je m’en allais déambuler dans les rues du village, à la recherche d’une légèreté amicale, d’une table, d’un verre. Je ne sais pas ce que je cherchais dans ces moments-là. Pas vraiment un coin pour respirer. Certainement pas une échappatoire déloyale envers elle, car je ne doutais pas qu’elle devançait mes pensées. Des signes pourtant infimes avertissaient son instinct qu’il me fallait prendre le large. Le bistrot était un espace qui lui était étranger et où je passais des heures en compagnie d’hommes et de femmes qui m’avaient toujours connu. Il se pouvait aussi que je frappe à la porte bleue et vieillie d’une maison qui m’attendrissait encore. La femme qui y habitait avait été mon amante. Je l’avais toujours connue, et un beau jour, nos corps s’étaient mêlés à l’abri des murs de pierre, dans cette bastide alors fraîche et lumineuse. D’ailleurs, en y réfléchissant, je me rendais compte à quel point je pensais d’abord à la maison puis à son occupante. Cette étrange histoire prenait tout son sens à l’intérieur de ces murs. Je me souviens que je m’y sentais homme. Le passé s’infiltrait dans mon corps, j’avais des racines, j’avais confiance en cette forteresse. Chaque pierre me transmettait un savoir, un savoir-faire ancestral qui me donnait un avenir. J’avais choisi cette maison comme on s’imagine une famille. La femme qui l’occupe encore est plus âgée que moi. Elle fut mon initiatrice et je lui dois de savoir être généreux dans ma jouissance. Cette femme fut le cadeau de ma vie débutante. Il ne faut jamais mépriser la première femme car l’enseignement généreux de ces ‘maîtres à aimer’ est un don essentiel pour tout homme qui devrait s’en souvenir avec humilité et gratitude. Cette générosité a sans doute déterminé mes choix amoureux.

Elle connaissait la raison de mes visites. Évaluer le chemin parcouru, faire un état des lieux. Selon elle, la bastide était l’unité de mesure de ma vie d’homme.

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