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La femme sauvage XVI


Elle traversait des moments de profonde détresse à cause de moi, bien plus qu’avec n’importe qui d’autre. La frustration de ne pas parvenir à me cerner, d’être incapable de m’approcher devenait parfois si douloureuse, si accablante que la rage la faisait se lever d’un bond. Bousculant sa table de travail, elle se mettait à parler à voix haute, tentait de se libérer de ce tourment, invoquait son âme, suppliait la mémoire de son corps de l’aider.

Sa souffrance l’étouffait au point de souhaiter la mort. La délivrance, elle la trouvait dans le rythme de ses pas lors de ses vagabondages dans une nature sauvage. Il lui fallait retrouver son instinct, redevenir l’animal qui reconnaît les limites de son territoire pour s’y ressourcer. Après des heures d’errance, les battements de son cœur acceptaient peu à peu le rythme de ses pas qui avait ralenti, et à ce moment-là seulement, un apaisement encore précaire lui permettait de trouver refuge. Un vieil arbre l’attirait ou bien le murmure d’un ruisseau lui apportait réconfort, mais un lac n’avait pas son pareil pour lui permettre de recouvrer une humanité soulagée. Elle fermait les yeux et se livrait toute entière au ciel, à la terre, à l’eau, à l’herbe, au vent, à la pierre, au bois, et lorsqu’enfin lui venait à l’esprit des paysages aussi mystérieux que sublimes, son âme lui appartenait à nouveau.

Elle me revenait alors. Ses yeux nuit me fixaient, un sourire à peine esquissé manifestait son envie, son espoir, son amour. Elle me donnait vie. J’étais.

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