• alencreclaire

La femme sauvage XXVII


Certains matins, son âme restait prise dans les glaces. Pétrifiée dans un froid rugueux, elle devenait statue après une nuit blanche de lutte, drapée d’un linceul de souffrance, en proie à des démons connus d’elle seule.

C’était comme si un orage d’enfance s’était abattu sur elle. Elle se retrouvait dépourvue, laminée, seule dans une immensité sans vie ; un trou noir. L’effroi était tel que l’espace se réduisait au contour de son corps un peu comme une tombe. Sa tombe. A la dérive, son imagination arpentait alors de sombres chemins sans début ni fin. Commençait l’errance immobile. Seul son regard trahissait la vie qui lui échappait, ses yeux vagabonds suivaient, dans une langue muette, les méandres de torpeur qu’elle empruntait. Son cœur à vif, était en proie à des convulsions aberrantes. La solitude extrême qui était la sienne m’interdisait l’entrée de cette citadelle assiégée. Toute approche se révélait vaine. Son esprit m’était interdit, elle me délaissait. Elle m’abandonnait. Elle me fuyait comme si je mettais sa vie en danger. Je devenais l’ennemi, l’inutile à éliminer, la page à déchirer, l’homme à rayer de la surface de la terre. Son immobilité était le théâtre d’une rage muette, d’une violence qui n’avait pas trouvé sa véritable proie.

Son imagination dérivait vers un abîme de nuit. Là, je ne pouvais pas la rejoindre. Elle était hors du temps, comme dans une éternité, dans un lieu sans nom véritable. Dans ce no-man’s land de l’âme, elle laissait la vie lui échapper. J’assistais impuissant à une reddition.

Je n’appartenais pas à cette fuite hors du temps. J’étais comme en apesanteur, en suspension, je devenais un simple point d’interrogation. Livré à moi-même, je ne pouvais que la regarder dériver et l'attendre.

Puis, un fracas de mots martelés avec rage annonçait son retour à la vie. Des mots tels que honte, nulle, bonne à rien, faisaient des ricochets sur les murs et tournoyaient autour d’elle à en donner le vertige. Le carrousel discordant de ses mots lui servait de brise-glace et elle pouvait enfin se frayer un chemin.

Épuisée, elle soulageait les plaies que lui infligeait ce voyage intérieur grâce à la beauté bienfaisante de la nature ou l’esthétique d’un poème anglais.




30 vues1 commentaire

Posts récents

Voir tout