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Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson


Je viens d'achever la lecture de Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson et ces chemins m'ont menée en « des domaines intérieurs de la solitude », mais comme toujours chez l'auteur, il s'agit d'une solitude d'arpenteur.

Une chute de huit mètres, ce n'est pas rien. Alors autant emprunter les chemins noirs et prendre la diagonale de Tendes à Omonville-la-Rogne pour s'en remettre corps et âme à la terre, découvrir le pays, fouler le granit, s'écorcher aux broussailles, approcher des fermes à l'abandon, longer des champs, parcourir des vignes, arpenter des chemins de toujours, à peine visibles, pourtant là.

On suit volontiers la trace de Sylvain Tesson et ses journées de marche nous ouvrent à « un pays mêmement illégal et irréel. Illégal parce qu'on pouvait dormir devant un feu de bivouac interdit et qu'on rencontrait des gens bizarres ̶ des errants, des romanos, quelques gueules paysannes et des mecs encore un peu sauvages qui usaient d'une langue singulière et acceptaient d'entendre tout. Irréel parce que les fantômes y croisaient. »

L'écriture délicate et subtile de Tesson nous dépeint cette France « ombreuse, » ces chemins choisis le long desquels il fait sienne « la noble leçon de Mme Blixen : 'Je suis bien là, où je me dois d'être.' que Tesson considère comme la question « cruciale de la vie. La plus simple et la plus négligée. » A la lecture de ces mots de l'écrivain voyageur, mon cœur s'est retrouvé d'un bond dans ma tête car année après année, je choisis précisément cette citation de Karen tirée de Out of Africa comme thème de mon premier atelier d'écriture.

Ficher le camp pour le géographe érudit possède donc plusieurs vertus dont celle d'effacer un corps disloqué et de rencontrer sa mère défunte au détour d'une rivière alors : « on rentre chez soi débarrassé de l'insecte qui vous mordait le cœur, lavé de toute peine, remis debout. »


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